FUITE EN AVANT
Même lorsque l’ordinateur est fermé, une partie de vous reste encore en mouvement, déjà en train de penser au prochain dossier, au prochain message, à ce qu’il faudra
terminer demain. Et si ce n’était pas seulement parce qu’il y a beaucoup à faire, mais parce que s’arrêter laisserait remonter autre chose ?
Dans notre société, travailler beaucoup est souvent perçu comme une qualité. Répondre à ses mails tard le soir donne l’image d’une personne investie. Enchaîner
les réunions, les projets, les heures supplémentaires peut passer pour de la motivation. Ne jamais prendre de pause est même parfois admiré comme une preuve
d’engagement. Pourtant, derrière cette image du collaborateur exemplaire ou de l’entrepreneur infatigable, il peut se cacher une réalité plus intime. Le travail peut être
une source d’épanouissement, de revenus, de réalisation personnelle. Mais il peut aussi devenir un refuge. Un endroit où l’on se sent utile, où les règles semblent plus
maîtrisables, où l’on peut éviter de rencontrer ce qui fait mal.
Et si ce besoin constant de travailler n’était pas seulement lié à l’ambition ?
Quand faire évite de ressentir
Certaines personnes rentrent d’une journée difficile et cherchent à souffler. D’autres ouvrent leur ordinateur. Certaines traversent une période compliquée dans leur
couple, un deuil, une séparation ou une incertitude, et se plongent presque automatiquement dans un nouveau projet. Ce n’est pas toujours volontaire. Le
cerveau cherche naturellement des stratégies pour réduire l’inconfort émotionnel. Le travail occupe l’esprit, structure les journées, donne une sensation d’utilité
immédiate. Il offre aussi une gratification rapide : un dossier terminé, un contrat signé, un objectif atteint. Progressivement, on peut découvrir que travailler permet de
moins penser. Le problème apparaît lorsque cela devient le seul moyen de se sentir bien, ou de se sentir indispensable…
Le besoin d’être indispensable
On connaît tous cette personne qui répond aux messages pendant ses vacances, qui refuse de déléguer, qui accepte encore une mission alors que son agenda déborde
déjà. Vue de l’extérieur, elle semble simplement consciencieuse. Mais parfois, ce besoin de contrôle cache autre chose.
Pour certains, la valeur personnelle finit par se confondre avec l’utilité. Être apprécié, c’est être nécessaire. Être reconnu, c’est exister. Alors, sans toujours s’en rendre compte, on cherche à devenir la personne-clé, celle que l’on appelle quand il y a un problème, celle sans qui tout semblerait moins bien fonctionner. Pendant un temps, cette place rassure. Mais elle peut aussi enfermer. Si l’estime de soi repose uniquement sur le rôle professionnel, alors chaque critique, chaque erreur ou chaque perte de responsabilité devient une menace plus profonde.
La reconnaissance comme carburant
Le travail apporte des preuves visibles de réussite : des résultats, des chiffres, des promotions, des retours positifs. Pour les personnes qui doutent de leur valeur ou qui
ont grandi avec un fort besoin de validation, cette reconnaissance peut devenir très attirante.
Une boucle se met alors en place :
Je travaille → je réussis → je suis reconnu → je me sens bien.
Le risque n’est pas d’aimer son travail. Le risque, c’est que cette boucle devienne la seule source d’estime personnelle.
Quand l’énergie s’épuise
Au départ, tout semble fonctionner. Les journées sont remplies, les projets avancent, la personne se sent performante. Puis quelque chose change. Le travail ne nourrit
plus l’énergie, il commence à la vider. La concentration baisse, l’irritabilité augmente, les petites tâches deviennent plus lourdes. Le soir, il ne reste presque plus rien pour
les proches, les loisirs ou soi-même. Selon l’Organisation mondiale de la santé, travailler plus de 55 heures par semaine augmente significativement les risques de
troubles cardiovasculaires et de problèmes de santé liés au stress*.
L’épuisement ne surgit pas toujours d’un coup. Il s’installe par étapes, jusqu’à ce que ce qui stimulait hier devienne pesant. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est un
signal d’alerte.
Redonner sa juste place au travail
Redonner au travail sa juste place, ce n’est pas renoncer à l’ambition. C’est se rappeler qu’il doit rester une partie de la vie, pas toute la vie. Cela demande parfois
d’accepter de ne pas être indispensable, de déléguer, de laisser certains mails attendre le lendemain. Dans l’approche d’Edelweiss Académie, cette prise de recul
rejoint aussi la régulation du système nerveux : apprendre à reconnaître ce que l’hyperactivité vient éviter, apaiser l’urgence intérieure, retrouver un espace où l’on
peut exister autrement que par ce que l’on produit.
Une question peut alors ouvrir une autre voie : si le travail disparaissait demain, qu’est-ce qui continuerait à donner du sens à ma vie ?
La réponse n’arrive pas toujours tout de suite. Mais elle peut devenir le début d’un retour à soi.
*Sources :
1/ Organisation mondiale de la santé : impact des semaines de travail supérieures à
55 heures sur la santé.
2/ Institut national de recherche et de sécurité : risques psychosociaux et épuisement
professionnel.
3/Harvard Business Review : reconnaissance au travail et engagement professionnel.
· Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail : surcharge de travail et
santé mentale.